Le deuil

« Excusez-moi, je suis en deuil ! » Ces paroles, nous les avons entendu prononcer par une récente veuve. Assise à une table d’un restaurant, elle avait honte de verser des larmes devant son hôtesse. Nos contemporains ont l’épiderme sensible : ils ne supportent pas que nous parlions de mort et de deuil, mots devenus tabous pour eux.

(Jean Monbourquette)

Le mot deuil est un vieux mot français qui signifie « douleur », mais avec le temps, il a fini par recouvrir de nombreux sens puisqu'il signifie aussi bien l'événement dramatique que représente la perte d'un être cher que la période après le décès ( le temps du deuil) ou bien encore les sentiments et les notions de psychologie qui entourent cette perte. 

 

Il est, cependant, difficile de séparer ces éléments, les uns des autres, même si être endeuillé, c'est, d'abord et avant tout, être vivant, c'est continuer à vivre après la perte d'un être cher et ressentir cette absence. 

 

Alors, qu'est-ce que le deuil n’est pas ?
Le deuil n'est pas l'oubli car beaucoup de gens croient à tort que le deuil consisterait à oublier l’être disparu. On ne devrait jamais essayer d’effacer le souvenir d’un défunt bien qu'au cours du processus de deuil, le souvenir du proche décédé se fera moins obsédant et moins douloureux à vivre. Le deuil est terminé quand on a réussi à établir une nouvelle relation avec le défunt, une relation douce et sereine à l’intérieur de soi.


Le deuil n’est pas non plus une maladie. Dans notre société ou on éloigne la souffrance, certains tentent de médicaliser le deuil en prenant des anxiolytiques et des tranquillisants pour se protéger de toute détresse. Alors, parfois, cette précaution est même  inutile car ces tranquillisants ne font que geler la douleur et retarder d’autant le processus de résolution du deuil.


Et donc, maintenant, qu'est-ce qu'un deuil ?
Le deuil est une réaction saine et normale, accompagnée d'un état de souffrance et de tristesse, suite à la perte d’une personne aimée, d’un emploi, d’une activité, d’un animal de compagnie ou d’un objet précieux. La résolution du deuil s’accomplit sur une durée plus ou moins longue, pouvant durer de quelques mois à deux ans, selon la résilience de l'endeuillé, son contexte familial, professionnel ou social. 

 

En fait, le deuil est un processus naturel. En effet, depuis sa naissance jusqu'à l’âge adulte, l’être humain est constamment confronté aux pertes de ses facultés et à l'affaiblissement de ses capacités. Mais, il sait comment perdre et récupérer, un peu comme lorsqu'on se blesse et qu'on cicatrise. Eh bien, le deuil, c'est la cicatrisation et la guérison psychologique et spirituelle lors de la perte d'un etre cher. On devrait réussir à soigner cette blessure, en acceptant de vivre le processus de deuil jusqu'à ce que le souvenir du défunt cesse de provoquer une douleur intérieure. Il est évident qu'on gardera toujours conscience de la perte passée, mais la souffrance aura disparu.


En fait, a personne en deuil cherche d’abord à « rejoindre le disparu », à le maintenir vivant à travers elle. Pendant des semaines ou des mois elle cherche à rétablir le contact, le temps de réintégrer le lien qui a existé et sur lequel elle pourrait encore, quoique différemment, s’appuyer.
Après la perte et après avoir vécu les épisodes intenses des premiers temps du deuil, la vie ne pourra
jamais redevenir comme avant. Il convient de « revenir au monde » d’une autre façon, de repenser sa vie, l’amour, la perte et la mort. C'est en trouvant un nouveau sens que la vie prendra alors un nouveau visage, une nouvelle direction inconnue mais beaucoup moins anxiogène.
L’endeuillé peut ainsi retrouver en lui une vitalité qu’il croyait avoir perdue en perdant l’autre.  

Faire son deuil, revient donc à lâcher prise pour accepter de vivre, en soi, et avec la personne disparue, une relation nouvelle et transformée. C'est retrouver un sens, une nouvelle raison de vivre ! Voilà le but recherché dans l’accomplissement de tout deuil.